Mon père et moi l'avons fondé un soir ordinaire. Il n'y a pas eu de révélation fulgurante, pas d'événement dramatique. Simplement une conversation qui a duré plus longtemps que prévu, et au cours de laquelle nous avons réalisé quelque chose d'évident: l'optimisme est un mensonge qu'on se raconte pour supporter le matin.
La genèse
Nous parlions de l'avenir, comme on parle d'un parent malade: avec cet espoir honteux qu'il ira mieux, tout en sachant au fond qu'il n'ira pas mieux. Mon père a dit: « Tu sais, on s'épuise à espérer. On ferait mieux de s'attendre au pire. Au moins, on ne serait pas déçu. »
Il avait raison. Et il avait tort en même temps — ce qui est, en gros, la condition humaine tout entière.
« L'optimiste invente l'avion. Le pessimiste invente le parachute. Nous préférons avoir le parachute. »
Ce que nous ne sommes pas
Le Club des Pessimistes n'est pas un groupe de dépressifs. Ce n'est pas non plus un mouvement nihiliste, ni une secte apocalyptique. Nous ne célébrons pas la souffrance. Nous ne la nions pas non plus.
Nous sommes simplement des gens qui ont arrêté de croire que les choses iraient en s'améliorant par elles-mêmes. Non pas par cynisme, mais par observation. Quand on regarde l'histoire honnêtement — sans le filtre rassurant du récit du progrès — on voit des cycles, des répétitions, et très peu de véritable amélioration.
Ce que nous sommes
Nous sommes un club. C'est-à-dire: un petit groupe de personnes qui partagent une vision du monde, qui se rencontrent (virtuellement ou physiquement), et qui trouvent dans la compagnie des autres une forme de réconfort — non pas parce que les autres vont mieux, mais parce qu'ils vont aussi mal.
Il y a une forme de solidarité dans le pessimisme partagé que l'optimisme individuel ne pourra jamais offrir. L'optimiste est seul dans son espoir. Le pessimiste est entouré de gens qui comprennent.
Pourquoi maintenant
Parce que le monde n'a jamais été aussi optimiste en surface, et aussi fragile en profondeur. Les écrans brillent. Les promesses pleuvent. Les algorithmes nous répètent que tout va bien. Et sous la surface, tout se fissure.
Nous ne prétendons pas avoir de solution. Nous prétendons seulement avoir le courage de regarder la fissure — et de dire: voilà, elle est là, et elle ne va pas se refermer d'elle-même.
Si cette honnêteté vous parle, vous êtes ici chez vous. Si elle vous dérange, c'est normal. Cioran disait qu'on ne se débarrasse pas d'une obsession: on lui donne juste une forme acceptable.
Le pessimisme est notre forme acceptable.