Chaque époque croit vivre une révolution. La machine à vapeur devait libérer l'humanité du travail. L'électricité devait bannir l'obscurité pour toujours. Internet devait démocratiser le savoir. Aujourd'hui, c'est l'intelligence artificielle qui doit, prétend-on, transformer notre existence.

Et pourtant, nous souffrons toujours. La misère a simplement changé de forme.

La promesse

On nous dit que l'IA résoudra le cancer, le changement climatique, la faim dans le monde. Qu'elle pensera pour nous, créera pour nous, décidera pour nous. Que nous serons enfin libérés de notre fardeau le plus lourd: la conscience elle-même.

C'est une promesse séduisante. C'est aussi, comme toutes les promesses, destinée à être trahie.

« Le progrès n'est qu'une illusion réconfortante que nous racontons pour ne pas avoir à regarder en arrière. »

La réalité

L'intelligence artificielle ne fait pas de nous des êtres meilleurs. Elle fait de nous des êtres plus dépendants. Elle hallucine. Elle se trompe. Elle reproduit nos préjugés avec une confiance parfaite. Elle génère du texte qui a l'air juste mais qui ne l'est pas — ce qui est, en somme, le comble de l'art moderne.

Mais il y a plus troublant. L'IA cloud, celle que tout le monde utilise, exige que nous confiions nos pensées les plus intimes à des corporations dont le seul but est le profit. Chaque question que nous posons est enregistrée. Chaque hésitation est analysée. Chaque faiblesse est monétisée.

Schopenhauer écrivait que l'homme est la proie de sa propre volonté. Nous sommes aujourd'hui la proie de nos propres machines — et nous le savons, mais nous continuons, parce que c'est pratique.

L'alternative (et ses limites)

Il existe une autre voie: l'IA locale. Des modèles qui tournent sur nos propres machines, sans réseau, sans fuite de données. Nous travaillons précisément à cela au Club. Mais soyons honnêtes — l'IA locale est imparfaite. Elle est lente, elle exige du matériel coûteux, et elle ne sera jamais aussi brillante que ses homologues corporatives.

Mais au moins, quand elle se trompe — et elle se trompe — elle le fait dans l'intimité de notre propre maison. Et c'est, à notre humble avis, la seule forme de dignité qui nous reste.

Conclusion

L'intelligence artificielle ne nous sauvera pas. Rien ne nous sauvera. Mais entre l'espoir naïf et le désespoir absolu, il existe un espace: celui de la préparation lucide. C'est dans cet espace que le Club des Pessimistes a choisi d'exister.

Nous n'attendons rien de l'IA. Nous l'utilisons comme on utilise un parapluie troué: en sachant qu'il finira par pleuvoir, mais en essayant quand même de rester un peu au sec.